novembre 2019

Les moyens de lutte contre les drones se structurent

Aujourd’hui, les sites pouvant être menacés par des attaques de drones sont multiples. Cela va des sites sensibles, industriels ou militaires, en passant par les ports, les aéroports et même les forces de sécurité. Les drones malveillants sont une véritable menace dont il faut tenir compte.

Des menaces multiples

Les drones peuvent réaliser de la récolte d’informations ou des attaques. Ils peuvent aussi servir de support à des produits chimiques ou des charges explosives. Pour les spécialistes, la menace vient aussi des essaims de drones, un usage qui permet entre autres de multiplier leur capacité d’emport. Enfin les drones peuvent également concentrer l’action des forces de sécurité à un endroit pour faciliter une attaque humaine dans le même temps.

Face à eux les outils se développent de plus en plus, il s’agit de détecter les drones, les identifier et classifier leur niveau de menace. Ensuite il faut pouvoir neutraliser les plus malveillants en utilisant des radars, des brouilleurs ou encore de l’intelligence artificielle.

Un séminaire pour organiser la lutte

C’est à Avignon, en partenariat avec le Secrétariat général à la défense et à la sécurité nationale, que Safe Cluster* a mis en place la seconde édition de son séminaire « drones et sites sensibles ». Deux jours de rencontres pendant lesquels les représentants des services de l’armée, de la gendarmerie, de l’aviation civile… des industriels comme Airbus, EDF, Thales, des sociétés de drones… et des représentants étrangers de services en pointe dans la lutte contre les drones malveillants ont pu échanger et confronter leurs expériences.

Il en ressort qu’il faut mettre en place une coopération internationale au sujet du traitement de la menace des drones. Notamment dans l’objectif d’adapter le cadre juridique de la détection et de la neutralisation des drones. Pour le colonel Jean-François Morel**, il s’agit « d’une technologie de masse, peu coûteuse. 416 000 drones de loisir ont été vendus en 2017 et on compte 10 000 exploitants professionnels ! Toutefois « 40 % des procédures pour des infractions relevées ont été classées sans suite ». Très majoritairement « l’essentiel des usages est coopératif et bienveillant ». Globalement la gendarmerie a diligenté 370 enquêtes ces 4 dernières années. La prévention fonctionne, mais les experts doivent rester vigilants car la menace est bien présente avec des drones de plus en plus puissants et autonomes.

Des solutions de plus en plus nombreuses

Les drones malveillants peuvent représenter différentes menaces et s’attaquer à des sites complètement différents. Il convient donc de pouvoir apporter les réponses les plus adaptées à chaque situation spécifique.

Afin de réussir à localiser, identifier et neutraliser le plus rapidement et efficacement possible un drône, il faut réussir le meilleur assemblage de briques technologiques. C’est dans cet objectif que l’Agence nationale de la recherche a sélectionné et financé le développement de trois projets.

  • Boréades est porté par la société CS. Il est capable de voir un drone avec une portée de 500 mètres et il peut neutraliser la télécommande et le géopositionnement du drone tout en assurant la localisation du télépilote.
  • SPID (Système de Protection Intégré anti Drones) est lui mis en place par la société ROBOOST/BYBLOS Group. Il s’agit d’un système compact qui se met en place en 30 minutes par des personnels non formés. Deux caméras 360° assurent la détection et l’engin peut brouiller la fréquence précise du drone malveillant.
  • ANGELAS (Analyse Globale et Evaluation des technologies et méthodes pour la Lutte Anti UAS) est lui coordonné par l’ONERA (Office national d’études et de recherches aérospatiales). Il s’agit ici de réaliser une détection de drones avec une corrélation multicapteurs et d’assurer leur identification à plusieurs kilomètres autour d’installations sensibles et leur neutralisation par des technologies de brouillage, de laser et de stroboscopie.

Respecter la législation

La législation évolue vite, mais actuellement en France les agents de sécurité privée ne disposent pas du droit de neutraliser un drone. Cette neutralisation est donc réservée aux personnels représentant les armées, la sécurité intérieure, la justice et l’administration pénitentiaire.

Une base aérienne en fer de lance de la lutte

Du côté de Salon-de-Provence, le pôle de compétitivité Safe Cluster vient de mettre en place une « coopération renforcée » avec l’école de l’air de la BA 701. L’idée est de développer une étroite collaboration entre le pôle d’excellence de l’école et les entreprises parties prenantes dans ce domaine : les entreprises, mais également les militaires en opérations extérieures, en incluant  même la participation du centre régional de ressources sur les drones situé dans le Var et porté par la Région. Pour cela, l’école va devenir un établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel, de quoi intégrer aussi l’Office national d’études et de recherches aérospatiales, un organisme de recherche intégré à la base aérienne.

 

*Le cœur d’activité de SAFE Cluster (Security and Aerospace actors for the Future of Earth) est d’imaginer et construire collectivement des solutions innovantes pour la sécurité des populations et de l’environnement. L’ambition est de devenir à terme le réseau européen des solutions de sécurité.

**Colonel Jean-François Morel, chargé notamment de la surveillance des drones en tant que chargé de mission à la Direction des opérations et de l’emploi, au sein de la Direction générale de la Gendarmerie nationale.

Franck Chevallier pour Horoquartz

Franck Chevallier